Etre trans dans le système de santé québécois #1

10/05/2013

Dès mon arrivé au Québec, j’ai eu affaire au système de santé québécois. Quinze jours après notre arrivée, j’ai eu une phlébite. Pour ceux qui l’ignore, une phlébite est la formation d’un caillot dans le réseau veineux des membres inférieurs. Pas cool, donc.

En urgence, j’ai donc du me trouver un médecin. Les urgences, parlons-en justement. Sans carte d’assurance maladie de la RAMQ (équivalent de la carte vitale française, qu’on n’a pas quand on vient d’arriver), impossible d’y penser : la simple admission y coûte 1000 $. Cash. Et les généraliste en cabinet, ça n’existe pas. Ce qui existe, ce sont des médecins, dans des cliniques privées, qui ont une clientèle. Mais il n’y a pas assez de médecins pour tout le monde.

Une des promesses électorales du Parti québécois, aux dernières élections, c’était un médecin pour tous les québécois.

(…) Il faudra aussi nous attaquer avec vigueur au problème persistant de l’accès aux soins de première ligne, un problème qui exaspère à bon droit les Québécois depuis des années. Enfin, il s’assurera que chaque citoyen qui le désire ait accès à un médecin de famille en prenant les moyens pour augmenter la disponibilité des médecins de famille.

Avoir un médecin de famille (régulier) est donc un luxe. La plupart des cliniques ont des listes d’attentes de plusieurs mois (années), et d’autres n’acceptent tout simplement pas de patient-e-s.

Il y a donc le système du « sans rendez-vous » (et maintenant de la « prise de rendez-vous pour le sens rendez-vous »), ces cliniques qui acceptent que des personnes sans médecins fixes puissent venir consulter. L’attente y est longue (1h30 à 4h, en semaine) et on ne voit pas le même médecin à chaque fois.
Dans ce système, on ne va pas donc chez le médecin pour rien. On y va quand on est malade. Et encore.

Inutile de dire donc qu’en terme d’approche de santé globale, c’est zéro. Et quand on est trans. Eh bien c’est chiant. Et encore, mes papiers sont en règle (quoi que).

Parce que de fait, être trans, cela signifie avoir des besoins de santé spécifiques et une approche globale orientée. Je ne dis pas que pour me soigner d’une grippe on doit savoir que je suis trans, mais par rapport à une phlébite, par exemple, cela peut être une information utile, il y a plein de questions qui se posent sur la phlébite et les hormones, et donc dans un cas de maladie pas du tout bénigne comme celle-là, ça me rassurerait de savoir que le médecin ne passe pas à côté de quelque chose.

Par ailleurs, devoir dire (expliquer) à chaque fois à l’infirmier-e qui s’occupe du « triage » (…) et ensuite au médecin qu’on est trans, c’est fatiguant. Etre le premier trans que le médecin rencontre et le voir consulter son guide des médicaments (type Vidal) pour savoir quoi nous prescrire, c’est stressant. Se faire prescrire un médicament pour une durée erronée parce que le médecin n’a pas compris ce qu’on racontait, c’est carrément flippant*.

Il y a quelques mois, un sondage sur les services sociaux et de santé offerts aux personnes LGBT a été initié par l’UQAM, les premiers résultats commencent à sortir, je vous en reparlerait !

En attendant, je ne fais ici que survoler un problème bien connu ici au Québec, celui de l’accès aux soins. C’est plate parce que c’est à peu prêt la seule chose qui est mieux en France (oui oui, et le fromage, le vin, toussa), et la santé a une grande place dans ma vie.

Pour revenir et conclure sur ma phlébite si vous vous demandiez : je suis allé dans une de ces cliniques privées, j’ai payé 100 $ cash j’ai attendu longtemps, j’ai eu des médicaments et je suis revenu dix jours plus tard pour un suivi médical (100 $ / 3h / re-médicaments). Finalement mon affaire c’est réglée et je n’ai pas eu de phlébite à nouveau, mais je sais maintenant que je suis « à risque ».

*Je fais ici référence à une infection urinaire que j’ai eu, et aux soins que j’ai eu. J’ai écris un billet là-dessus, à lire ici.

Illustration : St. Sebastian par Juan Chavarria Jr.